Dans le cadre de notre série d’entretiens sur les pratiques agroécologiques, nous avons le privilège d’accueillir Marc Delannoy. Agronome de renom et spécialiste de l’agroécologie des vergers, Marc met son expertise, forgée durant 15 ans sur les terres normandes, au service d’une meilleure compréhension de la vie du sol et de la gestion de l’eau. Aujourd’hui, Julien Rouzier l’interroge sur un sujet fondamental pour la santé de nos arbres fruitiers rustiques : le paillage et son rôle crucial dans l’écosystème du verger.
Pourquoi le paillage change tout au pied d’un fruitier rustique
Julien Rouzier : Marc, bonjour. Pour commencer, pourriez-vous nous expliquer pourquoi le paillage est devenu une pratique si essentielle, voire révolutionnaire, pour un fruitier rustique ? Quelles sont les fonctions primordiales qu’il remplit ?
Marc Delannoy : Bonjour Julien. C’est une excellente question pour démarrer, car le paillage n’est pas une simple “couverture” ; c’est une véritable stratégie agroécologique qui, concrètement, change la donne pour la santé et la productivité de nos arbres fruitiers rustiques. Sur le terrain, je vois souvent des vergers souffrir inutilement alors qu’une bonne gestion du paillage pourrait résoudre bien des problèmes. La fonction première et la plus visible est la protection physique du sol. Une couche de paillage agit comme un bouclier contre les intempéries : elle limite l’érosion par la pluie battante, protège le sol des rayons ardents du soleil qui le dessèchent et le compactent, et amortit les variations de température, évitant ainsi les chocs thermiques qui stressent les racines.
Mais au-delà de cette protection, le paillage est avant tout un apport de matière organique. Cette matière est la nourriture des micro-organismes du sol – bactéries, champignons, vers de terre – qui décomposent les résidus et les transforment en humus stable. L’humus, c’est le trésor du sol : il améliore sa structure, sa capacité de rétention d’eau et sa fertilité. Un sol riche en humus est un sol vivant, résilient, capable de fournir aux arbres les nutriments dont ils ont besoin de manière progressive. Par exemple, dans un verger que nous avons suivi près de Pont-l’Évêque, l’introduction d’un paillage épais de copeaux de bois a fait passer le taux de matière organique de 2,5 % à 4 % en seulement trois ans, avec une nette amélioration de la vigueur des pommiers. C’est une transformation profonde qui ancre l’arbre dans un environnement plus stable et plus nourricier.
BRF, paille, foin, feuilles mortes : quel paillage pour quel usage
Julien Rouzier : Il existe une multitude de matériaux pour pailler. Comment choisir le bon type de paillage – BRF, paille, foin, feuilles mortes – en fonction des besoins spécifiques de l’arbre et du sol ? Y a-t-il des erreurs à éviter dans le choix des matériaux ?
Marc Delannoy : Le choix du matériau est crucial et dépend de plusieurs facteurs : l’âge de l’arbre, la nature du sol, les ressources disponibles et même la saison. Il n’y a pas de “meilleur” paillage universel, mais des paillages adaptés à des situations. Le Bois Raméal Fragmenté, ou BRF, est un excellent choix pour les vergers à long terme. C’est un matériau ligneux, riche en carbone, qui favorise le développement des champignons et améliore durablement la structure du sol. Je le recommande particulièrement pour les jeunes fruitiers et les sols argileux, car il apporte une aération et une vie microbienne exceptionnelles. Cependant, il faut être conscient de l’effet “faim d’azote” qu’il peut provoquer au début, car les micro-organismes consomment l’azote pour décomposer le bois. Il est donc préférable de l’appliquer à l’automne ou de compenser avec un apport azoté si on l’utilise au printemps.
La paille, souvent de céréales, est très accessible et bon marché. Elle est riche en carbone et se décompose plus rapidement que le BRF. Elle est idéale pour les sols qui manquent de matière organique à court terme et pour les vergers déjà établis. Elle est aussi très efficace pour la rétention d’eau. Le foin, lui, est plus riche en azote que la paille et se décompose encore plus vite, apportant un coup de fouet nutritionnel. Attention cependant au foin de mauvaise qualité qui peut contenir des graines d’adventices indésirables. Les feuilles mortes sont une ressource gratuite et locale, parfaite pour l’automne. Elles imitent ce qui se passe naturellement en forêt, nourrissant le sol et protégeant les racines. Elles se décomposent bien et sont excellentes pour la vie microbienne.
L’erreur la plus fréquente que je vois sur le terrain, c’est de ne pas varier les apports. Un mélange de matériaux est souvent la meilleure approche pour un équilibre nutritionnel et structurel optimal. Par exemple, alterner une année de BRF avec une année de paille, ou incorporer des feuilles mortes en automne. Pour ceux qui s’intéressent aux jardins secrets et jardinage au fil des saisons, cette diversification est une clef de réussite. Évitez aussi les matériaux traités chimiquement ou contenant des résidus de pesticides, évidemment.
Le paillage vivant et les couvre-sols : une alternative durable
Julien Rouzier : Au-delà du paillage organique inerte, on parle de plus en plus de paillage vivant ou de couvre-sols. Quelle est la différence fondamentale et quels sont les avantages de cette approche pour la pérennité d’un verger rustique ?
Marc Delannoy : Le paillage organique “inerte”, comme la paille ou le BRF dont nous venons de parler, est une couche de matière morte que l’on dépose sur le sol. C’est excellent, mais c’est une intervention ponctuelle. Le paillage vivant, lui, est une couverture végétale permanente ou semi-permanente, composée de plantes basses qui poussent au pied de l’arbre. C’est une approche beaucoup plus dynamique et, à mon sens, encore plus intégrée à l’agroécologie.
Les avantages sont multiples et profonds. Premièrement, ces plantes vivantes, souvent des légumineuses comme le trèfle blanc, ont la capacité de fixer l’azote atmosphérique grâce à leurs racines en symbiose avec des bactéries. Elles enrichissent ainsi le sol en azote de manière naturelle et continue, réduisant ou supprimant le besoin d’engrais azotés. Deuxièmement, leurs racines explorent le sol en profondeur et créent des galeries, améliorant considérablement la structure du sol, son aération et son drainage. Elles contribuent aussi à la biomasse racinaire, nourrissant les micro-organismes. Troisièmement, elles maintiennent une couverture du sol constante, ce qui est encore plus efficace contre l’érosion et les variations de température que le paillage inerte seul. Elles concurrencent aussi très efficacement les adventices indésirables.
Concrètement, sur le terrain, j’ai vu des vergers où l’introduction de trèfle blanc au pied des pommiers a non seulement amélioré la vigueur des arbres, mais a aussi attiré une biodiversité incroyable d’insectes auxiliaires, bénéfiques pour la pollinisation et le contrôle des ravageurs. Il faut cependant veiller à choisir des espèces de couvre-sols qui ne concurrencent pas trop l’arbre en eau et en nutriments, surtout pour les jeunes sujets. Une fauche régulière peut être nécessaire pour maîtriser leur développement et fournir un “mulch” naturel sur place. C’est une pratique qui demande une bonne observation, mais dont les bénéfices à long terme sont indéniables pour la résilience de l’écosystème du verger.

L’impact du paillage sur les vers de terre et les réseaux mycorhiziens
Julien Rouzier : Vous avez mentionné la vie du sol. Quel est l’impact direct et mesurable du paillage sur les populations de vers de terre et le développement des réseaux mycorhiziens, essentiels pour la santé de l’arbre ?
Marc Delannoy : Ah, là, on touche au cœur du sujet, Julien ! Le paillage est un véritable catalyseur pour la vie du sol, et en particulier pour les vers de terre et les champignons mycorhiziens. Ces acteurs sont les architectes et les nourriciers invisibles de nos vergers. Concrètement, une couche de paillage offre un habitat idéal aux vers de terre. Elle maintient une humidité constante et une température stable, deux conditions qu’ils adorent. De plus, le paillage leur fournit une source de nourriture continue : ils se nourrissent de la matière organique en décomposition. En retour, les vers de terre aèrent le sol par leurs galeries, améliorent sa structure, et mélangent la matière organique en profondeur, rendant les nutriments disponibles pour les racines des arbres. Sur le terrain, j’ai réalisé des observations dans plusieurs vergers normands : sous un paillage épais et bien géré, on peut trouver jusqu’à 200 vers de terre par mètre carré, alors que sur un sol nu, ce chiffre chute drastiquement, parfois à moins de 50. C’est une différence colossale en termes de santé du sol.
Quant aux réseaux mycorhiziens, l’impact est tout aussi fondamental. Les mycorhizes sont des symbioses entre les racines des plantes et certains champignons. Le paillage, surtout s’il est riche en matériaux ligneux comme le BRF, favorise le développement de ces champignons. Ces réseaux s’étendent bien au-delà de la zone racinaire de l’arbre, augmentant considérablement sa capacité à explorer le sol et à absorber l’eau et les nutriments, notamment le phosphore et l’azote. Ils protègent également l’arbre contre certains pathogènes racinaires. Comme le détaille notre dossier sur le sol vivant et mycorhizes en agroforesterie, les arbres paillés présentent généralement un taux de mycorhization racinaire nettement supérieur à celui des arbres non paillés. C’est une interaction gagnant-gagnant qui renforce la résilience de l’arbre et la fertilité du sol sur le long terme.
Paillage et rétention d’eau : un allié contre le stress hydrique
Julien Rouzier : Avec les épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, la gestion de l’eau est devenue une préoccupation majeure. Comment le paillage contribue-t-il spécifiquement à la rétention d’eau et à la réduction du stress hydrique pour les fruitiers ?
Marc Delannoy : C’est une question d’une actualité brûlante. Le paillage est, sans aucun doute, l’un des meilleurs alliés de nos arbres face au changement climatique et aux sécheresses récurrentes. Concrètement, il agit à plusieurs niveaux pour optimiser la gestion de l’eau. Le premier effet, le plus évident, est la réduction drastique de l’évaporation directe du sol. Un sol nu, exposé au soleil et au vent, perd une quantité phénoménale d’eau par évaporation. Une couche de paillage de 7 à 10 centimètres agit comme une barrière isolante, maintenant l’humidité sous sa surface. Des études menées en Normandie ont montré que le paillage peut réduire l’évaporation du sol de 50 à 70 %, ce qui est colossal. Cela signifie que l’eau des pluies ou de l’arrosage reste disponible pour les racines de l’arbre bien plus longtemps.
Le deuxième effet, plus subtil mais tout aussi important, est l’amélioration de la capacité de rétention d’eau du sol lui-même. En se décomposant, le paillage enrichit le sol en matière organique, et l’humus est une véritable éponge. Un sol riche en humus peut retenir beaucoup plus d’eau qu’un sol pauvre. Pour vous donner un chiffre, chaque pourcent de matière organique supplémentaire peut augmenter la capacité de rétention d’eau d’un sol d’environ 10 à 20 litres par mètre cube. C’est un gain considérable sur l’année.
Enfin, le paillage favorise une meilleure infiltration de l’eau. Au lieu de ruisseler sur une surface compacte, l’eau pénètre doucement et profondément dans le sol, d’autant plus que l’activité des vers de terre et des racines améliore la porosité. Sur le terrain, je vois souvent cette erreur : un sol nu, compacté par les pluies, qui laisse l’eau s’échapper par ruissellement. Un sol paillé, au contraire, absorbe et stocke l’eau comme une batterie, la libérant progressivement aux racines de l’arbre. C’est un mécanisme essentiel pour la survie et la vigueur des fruitiers en période de stress hydrique prolongé.
Les erreurs fréquentes qui abîment l’arbre au lieu de l’aider
Julien Rouzier : Malgré ses nombreux avantages, le paillage peut aussi être mal appliqué et causer des problèmes. Quelles sont les erreurs les plus fréquentes que vous observez, et comment les éviter pour ne pas abîmer l’arbre ?
Marc Delannoy : C’est une excellente mise en garde, Julien. Car oui, un paillage mal réalisé peut être contre-productif, voire dangereux pour l’arbre. La première erreur que je vois souvent sur le terrain, et qui est potentiellement la plus grave, c’est de pailler directement contre le tronc de l’arbre. On appelle ça le “collet noyé”. Le paillage maintient l’humidité et la matière organique en décomposition en contact direct avec l’écorce du tronc. Cela crée un environnement propice au développement de maladies fongiques et bactériennes, comme le pourridié, qui peuvent entraîner la pourriture du collet et, à terme, la mort de l’arbre. Il est impératif de laisser un espace dégagé d’au moins 5 à 10 centimètres autour du tronc, une “zone de respiration”.
La deuxième erreur est l’épaisseur excessive du paillage, surtout avec des matériaux fins comme la tonte fraîche. Un paillage trop épais peut étouffer le sol, limiter les échanges gazeux et créer un environnement anaérobie (sans oxygène), ce qui est néfaste pour les racines et la vie microbienne. De plus, cela peut attirer les rongeurs qui, protégés par la couche épaisse, grignotent l’écorce des jeunes arbres. Une épaisseur de 7 à 10 centimètres est généralement idéale, et il faut surveiller régulièrement l’état du paillage.
Une troisième erreur est le choix de matériaux inadaptés. Utiliser des paillages trop grossiers qui se décomposent très lentement, ou au contraire des paillages qui se compactent et se transforment en une croûte impénétrable. Il faut aussi éviter les paillages issus de plantes malades, qui pourraient propager des pathogènes. Enfin, ne pas tenir compte des besoins de l’arbre. Un jeune arbre, par exemple, a des besoins différents d’un arbre mature. Pour sa bonne reprise et sa croissance, un bon guide de plantation et taille douce est essentiel et inclut souvent des conseils sur le paillage initial. Pour éviter ces écueils, l’observation régulière et l’adaptation sont les maîtres mots.
Paillage et lutte contre les adventices sans désherbant
Julien Rouzier : L’un des grands bénéfices du paillage est la suppression des adventices, ou “mauvaises herbes”. Comment le paillage remplit-il ce rôle de manière naturelle et efficace, et quelle épaisseur est nécessaire pour une bonne efficacité ?
Marc Delannoy : La lutte contre les adventices est un casse-tête pour beaucoup de jardiniers et de professionnels. Le paillage est une solution formidable, entièrement naturelle et sans aucun produit chimique. Concrètement, il agit comme une barrière physique. En recouvrant le sol, une couche de paillage bloque la lumière nécessaire à la germination et à la croissance de la plupart des graines d’adventices. Sans lumière, elles ne peuvent pas se développer. C’est aussi simple que ça.
Pour une efficacité optimale, l’épaisseur est cruciale. Je recommande généralement une couche de paillage de 7 à 10 centimètres. En dessous de 5 centimètres, l’efficacité est souvent insuffisante ; la lumière peut encore passer, ou les adventices les plus vigoureuses peuvent percer. Au-delà de 10 centimètres, on risque les problèmes que nous avons évoqués précédemment, comme l’étouffement du sol ou l’attrait pour les rongeurs, sans gain significatif en termes de suppression des adventices.
Le type de paillage a aussi son importance. Les matériaux plus fins et plus denses, comme les feuilles mortes compactées ou une couche épaisse de BRF, sont souvent plus efficaces pour bloquer la lumière que des matériaux très aérés comme de la paille grossière. Cependant, même avec de la paille, une épaisseur suffisante fera le travail. Sur le terrain, j’ai vu des parcelles où le désherbage manuel était quasi quotidien, et après l’application d’un paillage adéquat, l’intervention a été réduite à une ou deux fois par an pour quelques récalcitrantes. C’est un gain de temps et d’énergie considérable, qui permet de se passer totalement de désherbant. Il faut juste veiller à désherber manuellement la zone avant l’application du paillage pour partir sur une base propre et maximiser l’efficacité.
Paillage en période de sécheresse et de canicule
Julien Rouzier : Les canicules et les sécheresses sont des phénomènes de plus en plus intenses. Y a-t-il des spécificités dans la gestion du paillage durant ces périodes extrêmes pour maximiser son efficacité protectrice ?
Marc Delannoy : Absolument, Julien. En période de sécheresse et de canicule, le paillage passe d’une bonne pratique à une nécessité vitale pour les arbres. Sa gestion doit être encore plus attentive. La fonction première du paillage devient alors la conservation maximale de l’eau. Concrètement, avant l’arrivée prévue d’une période de forte chaleur, il est crucial de s’assurer que la couche de paillage est bien en place et suffisamment épaisse, idéalement entre 10 et 15 centimètres pour une protection accrue. Si le sol est déjà sec, il faut absolument l’arroser abondamment avant de renouveler ou d’épaissir le paillage. Pailler un sol sec, c’est enfermer la sécheresse, ce qui est contre-productif. Il faut saturer le sol en eau, puis appliquer le paillage pour “sceller” cette humidité.
Le choix du matériau peut aussi avoir son importance. Les paillages clairs comme la paille peuvent légèrement réfléchir le soleil, aidant à maintenir le sol plus frais, tandis que les paillages sombres absorbent plus de chaleur. Cependant, l’effet d’isolation thermique reste le plus important quel que soit le matériau. L’essentiel est la densité et l’épaisseur.
Sur le terrain, je vois souvent cette erreur : des paillages trop fins qui ne protègent pas suffisamment des températures extrêmes. Lors de la canicule de 2022, dans certains vergers de la vallée de la Seiche, les arbres avec un paillage épais et bien entretenu ont montré un stress hydrique beaucoup moins prononcé, avec des feuilles moins flétries et une meilleure tenue des fruits, par rapport à des arbres voisins moins bien paillés. Les arbres paillés ont survécu avec moins d’arrosages, réduisant la consommation d’eau de 30 à 40%. C’est une stratégie d’adaptation essentielle. Le paillage permet au sol de rester frais même quand l’air atteint 35 ou 40°C, protégeant ainsi les racines superficielles qui sont les plus sensibles à la chaleur et à la sécheresse.
Le calendrier du paillage sur une année complète
Julien Rouzier : Le paillage est-il une action ponctuelle ou doit-il s’inscrire dans un calendrier annuel ? Pourriez-vous nous donner un aperçu du calendrier idéal du paillage pour un verger rustique sur une année complète ?
Marc Delannoy : Le paillage n’est absolument pas une action ponctuelle ; c’est une pratique continue qui s’intègre dans le cycle annuel de l’arbre et du sol. Penser le paillage sur une année complète permet d’optimiser ses bénéfices et d’éviter les contretemps.
Concrètement, l’automne est une période clé. C’est le moment idéal pour appliquer une couche généreuse de paillage, souvent avec des feuilles mortes ramassées, du broyat de tailles (BRF) ou de la paille. Cette couche automnale protège le sol du froid hivernal, nourrit la vie du sol pendant sa dormance relative et prépare le terrain pour le printemps. Les pluies d’automne et d’hiver aident à l’infiltration des éléments nutritifs. C’est aussi à cette période que l’effet “faim d’azote” du BRF est le moins problématique, car l’arbre est au repos.
Au printemps, avant le réveil végétatif intense, il est souvent nécessaire de faire un apport de complément si le paillage de l’automne s’est trop décomposé ou a été dispersé. C’est le moment d’ajouter de la matière organique plus riche en azote si nécessaire, comme du foin ou des tontes de gazon (en fine couche pour éviter l’anaérobiose). L’objectif est de maintenir une couche protectrice pour limiter la pousse des adventices et conserver l’humidité avant les chaleurs estivales.
L’été est une période de simple maintenance. Il faut vérifier l’épaisseur du paillage, surtout avant une vague de chaleur. Si la couche s’est amincie, on peut ajouter un peu de matière pour maintenir les 7 à 10 centimètres recommandés, en veillant à arroser le sol si celui-ci est sec avant tout nouvel apport. Il faut être vigilant à ne pas créer un paillage trop compact qui pourrait empêcher l’eau de pénétrer lors des pluies d’orage, donc aérer légèrement si besoin.
Enfin, en hiver, si le paillage est encore présent et efficace, il n’y a pas forcément besoin d’intervenir, sauf pour surveiller les rongeurs si vous avez des paillages très épais. Il faut éviter de pailler sur un sol déjà détrempé en plein hiver, car cela peut favoriser l’humidité excessive et certaines maladies. C’est un cycle d’observation et d’ajustement constant, qui s’inscrit dans une approche plus globale de la gestion du verger, un peu comme le savoir-faire traditionnel du verger qui intègre les saisons dans chaque geste.

Jeune verger ou verger mature : adapter sa stratégie de paillage
Julien Rouzier : Pour finir, Marc, les besoins d’un jeune arbre fruitier sont-ils les mêmes que ceux d’un arbre mature ? Comment adapter sa stratégie de paillage en fonction de l’âge du verger ?
Marc Delannoy : C’est une distinction fondamentale, Julien. Un jeune verger et un verger mature ont des besoins très différents, et la stratégie de paillage doit absolument s’adapter. Sur le terrain, je vois souvent cette erreur : appliquer la même méthode à tous les arbres, quel que soit leur âge.
Pour un jeune arbre fruitier, tout juste planté, la priorité est double : l’aide à l’enracinement et la protection contre la concurrence des adventices. Le système racinaire est encore peu développé, donc l’arbre est très sensible au stress hydrique et à la compétition pour les nutriments. Je recommande un paillage de 10 à 15 centimètres d’épaisseur, sur un diamètre d’au moins 1 mètre autour du tronc (toujours en laissant l’espace libre au collet). Le BRF est un excellent choix pour les jeunes arbres, car il favorise le développement fongique, essentiel pour les jeunes racines, et se décompose lentement, assurant une protection durable. La paille peut aussi être utilisée, mais le BRF apporte plus de structure au sol sur le long terme. L’objectif est de créer un environnement stable, humide et exempt de concurrence pour permettre à l’arbre de bien s’établir. C’est une période critique où un bon paillage peut faire toute la différence pour la survie et la vigueur future de l’arbre. C’est aussi le moment idéal pour penser à l’environnement global, en intégrant par exemple la plantation d’une haie champêtre pas à pas pour créer un microclimat favorable.
Pour un verger mature, les priorités changent. Le système racinaire est bien établi et explore un volume de sol plus important. L’objectif du paillage devient alors le maintien de la fertilité du sol, la conservation de l’humidité et la suppression des adventices sur une plus grande surface. L’épaisseur peut être légèrement réduite à 7-10 centimètres, et le diamètre paillé peut s’étendre sous toute la canopée de l’arbre, voire entre les rangs si l’on est dans une logique de verger-prairie. On peut se permettre d’utiliser une plus grande variété de matériaux : paille, foin, résidus de culture, feuilles mortes, tontes de gazon. L’idée est de recycler la biomasse disponible sur place pour enrichir continuellement le sol. Les arbres matures sont plus résilients, mais ils bénéficient énormément d’un sol constamment nourri et protégé, ce qui se traduit par une meilleure production fruitière et une résistance accrue aux maladies et aux stress environnementaux. La stratégie doit être plus flexible, s’adaptant aux apports disponibles et aux besoins spécifiques de chaque année.
Julien Rouzier : Merci, Marc, pour ces explications très détaillées. Passons maintenant à 5 questions rapides – vrai/faux.
5 questions rapides — vrai/faux
Julien Rouzier : Un paillage épais sur un sol détrempé en hiver est toujours bénéfique ? Marc Delannoy : Faux. Un paillage sur sol détrempé en hiver peut favoriser l’excès d’humidité, l’anaérobiose et le développement de maladies fongiques au collet. Il vaut mieux pailler un sol drainé et attendre le début du printemps si le sol est trop gorgé d’eau.
Julien Rouzier : Le BRF doit toujours être apporté au printemps pour une efficacité maximale ? Marc Delannoy : Faux. Le BRF est souvent plus efficace en automne. Cela permet à l’effet “faim d’azote” de se résorber avant le démarrage de la végétation printanière et favorise l’intégration des champignons bénéfiques au sol pendant l’hiver.
Julien Rouzier : Le paillage élimine complètement le besoin d’arrosage en période de sécheresse ? Marc Delannoy : Faux. Le paillage réduit considérablement le besoin d’arrosage et protège l’arbre, mais il ne supprime pas toujours la nécessité d’apports d’eau complémentaires en cas de sécheresse extrême et prolongée, surtout pour les jeunes arbres.
Julien Rouzier : On peut utiliser n’importe quel type de bois pour faire du BRF ? Marc Delannoy : Faux. Le BRF idéal est issu de jeunes rameaux (moins de 7 cm de diamètre) de feuillus, riches en sève et en éléments nutritifs. Les bois résineux ou les vieux bois ont une composition différente et sont moins bénéfiques pour la vie du sol.
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